Un goût de rouille et d'os- Craig Davidson
En Mai dernier, je suis allée voir le dernier film de Jacques Audiard "De rouille et d'Os". Jacques Audiard a adapté les nouvelles de Craig Davidson "Un goût de rouille et d'Os".
J'ai d'abord été surprise que ce cinéaste réalise une adaptation de nouvelles, en effet Jacques Audiard est un excellent scénariste et avait toujours écrit ou co-écrit le scénario de chacun de ses films.
Même après avoir vu le film, je n'étais pas tenté de lire les nouvelles, car le film m'avait vraiment glacé par sa violence. c'est lors de l'écoute de cette interview sur France Culture (Projection Privé), que Jacques Audiard m'a donné vraiment l'envie de les lire.
Et donc en Juillet dernier, j'ai pu me procurer le livre et m'y plonger. L'adaptation ne colle vraiment pas aux nouvelles, Audiard a fusionné des nouvelles entre elles, et a donc écrit un scénario, qui même s'il n'est pas fidèle au texte, ne trahit pas l'esprit de Craig Davidson. Je ne me lancerai pas dans la comparaison entre le roman et son adaptation, je me contenterai d'évoquer la lecture de nouvelles.
Craig Davidson m'a rappelé Joyce Carol Oates, il décrit des situations pleines d'effroi et il devient impossible de lâcher sa lecture. Les nouvelles se sont vites enchaînées, toutes elles mettent en scène des personnages victimes, et brisées dans le sens physique du terme : un os craque et c'est l'accident, blessures accidentelless, blessures causées par maladresse, par la pratique d'un sport, par un tiers et les séquelles physiques et morales qui en découlent.
Chacuns de ces personnages perd à un moment donné le contrôle de sa vie, et ne retrouvera jamais son existence antérieure, ils s'affaiblissent, s'exclus, ils sont meurtris dans leurs chairs, ils souffrent et se battent car ils n'ont que ce choix là, l'instinct de survie mais pas toujours.
Car pour forger ces histoires réalistes et éviter à son lecteur le blues compassionnel, Craig Davidson laisse toujours des moments en suspend, il sait laisser ses personnages sur le fil du rasoir, ils basculent ou pas, tout de suite ou pas : il y a Eddie, un jeune boxeur, qui sait recevoir les coups, il y a Graham, un récupérateur de biens travaillant la nuit pour soigner sa femme Nell, un couple Jay & Allison entraineur de chiens de combats et le soigneur d'orque, amputé de la jambe par un orque.
Les nouvelles ne sont pas équivalentes, elles font état d'une certaine violence inattendue et pas gratuite, pas insoutenable mais elle peut rebutée. Ces passages sont toujours brefs et écrit succinctement, c'est percutant, le vocabulaire est tres "minéral" également, l'ambiance est plutôt masculine, il y a souvent des combats, bref ça castagne un peu.
Le format nouvelle ne permet pas de détails superflus, les personnages restent floues, pas le temps de rentrer dans les détails, juste les faits, pas de psychologie (ce qui le différencie d' Oates) et est ce utile ?
Ces personnages ne savent pas exprimer ce qu'ils ressentent, ou ne le peuvent-ils pas ? Cette lecture m'a permis de donner un sens à leur violence, elle ne la justifie pas, c'est juste la seule chose qu'ils sont en état d'exprimer, en perdent ils leur humanité? sûrement pas .
Des nouvelles jamais sombres, l'écrivain est bon, une plongée dans une violence "sociale" car la vie est un combat, préparez vos gants de boxe!
Le film est une fusion de deux nouvelles, bien distinctes : Un goût de rouille et d'os, l'histoire du boxeur et celle du soigneur d'orque amputé de la jambe. Pour le scénario, Jacques Audiard a choisi de les réunir, en féminisant le soigneur d'orque, ce qui lui permet de créer une troisième histoire ...