Carthage- Joyce Carol Oates

Publié le 14 Décembre 2015

Carthage- Joyce Carol Oates

Elle s'était dit qu'elle ferait tous les jours quelque chose de bien. Délibérément en toute conscience ... sans en parler à personne, elle incarnerait le Bien.

Ce n'est peut être pas le meilleur roman de JC Oates, pourtant c'est très facile d'en dire que c'est un roman excellent, l'auteure nous entraine sur un fil de lecture absolument unique, incertain, tortueux, et sans ce roman nous ne pourrions y aller.

La famille Mayfield en somme une famille ordinaire, comme la mienne, comme la votre- Arlette et Zeno Mayfield, une famille unie, le père était maire de Carthage, une homme influent, Arlette est très impliquée auprès d'œuvres de charité, leurs filles Juliet, belle et brillante, la cadette Cressida, intelligente-

Juliet est fiancée à Brett Kincaid, un jeune de famille modeste, élevé par sa mère Ethel- Ils vivent à Carthage, au Nord de l'Etat de New York, cependant voilà les attentats du 11 Septembre ont convaincu Brett, de s'engager dans cette guerre contre l'ennemi-

Il part là bas en Irak- Il revient meurtri, blessé, meurtri dans sa chaire et dans son âme, des actes que la guerre lui auront obligé de commettre, blessures intimes, qui le conduiront au pire "Un voyage au bout de l'enfer".

Puis il y a la jeune, sœur de Juliet, Cressida, la mal aimée de la famille, elle va tracer sa route, artiste dans l'âme, elle aime dessiner et son inspiration est le dessinateur MC Escher, parce que Cressida aime le fiancé de sa sœur, elle le voit rentrer de cette guerre comme diminuer. Cressida disparait de manière inquiétante,

Brett va avouer le meurtre de la jeune femme et de ces deux victimes, l'une involontaire (Brett), l'autre volontaire (Cressida) Oates va nous captiver, nous entrainer dans une spirale infernale-

Plaidoyer contre la peine de mort, la guerre en Irak, les relations familiales intenses et passionnantes, Oates nous entraine dans une visite glaçante du milieu carcéral, dans un quartier de haute sécurité jusque dans le couloir de la mort, un lieu ou le prisonnier condamné apprend avec beaucoup de sagesse à accepter son sort (vraiment on ne peut rester stoïque lorsque l'on pénètre dans la salle d'exécution) -

Seule Joyce Carol Oates peut décrire ce type d'endroit, comment y aller sans le pouvoir de l'imagination ? Si le roman pêche un tantinet de part sa construction, le personnage de l'enquêteur est resté trop distant pour moi, la visite de la prison d'Orion est trop scindée du récit, tout en étant un indispensable j'ai grandement apprécié la prise de position de l'auteure sure que des innocents se retrouvent dans le couloir de la mort et sont exécutés à tort-

Le talent de Oates est loin d'incriminer un système judiciaire dysfonctionnel, il est d'ailleurs peu évoqué, mais bien de montrer comment les individus soumis à la violence de leur existence se mettent à agir d'une façon qui échappe à toute logique, mis à part la leur, en cela Oates est émouvante, tant elle fait voler en éclats ce qui constituent les valeurs sures : la famille, les institutions, elle montre à quel point le "modele" social peut anéantir à petit feu ceux dont la personnalité échappe aux normes- Comme toujours, elle nous prend aux tripes sans pour autant nous faire fuir, et là encore je trouve ce roman d'une grande rareté.

Mention spécial pour le portrait de Brett Kincaid, il me semble qu'il reste difficile de faire le portrait de ce soldat, d'en apprécier la valeur sans faire l'éloge du patriotisme, Oates est loin d'en faire un héros de guerre et d'exulter ce sentiment patriotique, elle décrit admirablement bien les symptômes post traumatiques du soldat- Bref Oates ne m'a pas déçue sur ce roman, et encore une fois elle m'interroge sur ses techniques d'écritures, sa capacité d'introspection, sa curiosité, je me suis posée la question de savoir si elle n'avait visité une prison (le fameux enquêteur) ou dialoguer avec le personnel de ce type d'établissement, elle ne va jamais trop loin, on sent la limite ça reste une fiction-

Ce roman reste une émotion forte comme je les aime. On ne reste jamais quitte d'une faute qui concerne autrui .

Merci à Joyce Carol Oates pour l'écriture de ce roman.

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maggie 31/01/2016 19:08

J'ai aimé tous les romans de Oates, je note celui-là !