Un quinze Août à Paris-Céline Curiol

Publié le 7 Janvier 2015

Un quinze Août à Paris-Céline Curiol

Aucune invasion étrangère (bactérie, microbe, virus) n'est à l'origine de la dépression, qui provient d'une défaillance systémique; le processus permettant l'intégration puis l'atténuation des chocs émotionnels se grippe. La pensée dérive vers une "rumination" qui entraine une modification physiologique de plus en plus sévère, qui entrave à son tour, et de façon insidieuse, la capacité à la stopper.

J'ai lu en parallèle deux livres évoquant la dépression, celui de Dan Fante En crachant du haut des buildings, et cet essai de Céline Curiol Un Quinze Août à Paris (repéré chez Keisha également). Un sujet qu'il est difficile d'évoquer, si Dan Fante emprunte une voie plutôt humoristique, Céline Curiol se veut plutôt sérieuse et se place sur la question de la compréhension, loin de vouloir raconter son "histoire" elle se s'est servie de sa capacité à enquêter, le texte se veut plus explicatif et aborde vraiment l'aspect médical, et s'adresse plus à ceux qui méconnaisse la maladie. Oui la dépression est une maladie complexe, elle montre également comment le traitement altère le malade, son épisode ou elle se retrouve sans prescription montre à quel point un dépressif peut ne pas être pris au sérieux parce que sa maladie ne se voit pas, que sa douleur n'est pas visible, de bonnes explications également sur le lien entre douleur et altération physiologique du corps. Céline Curiol a lu beaucoup d'ouvrages pour tenter de comprendre ce qui semblait totalement lui échapper. Elle explique aussi à quel point il est difficile de lever un tabou, notamment en évoquant les longs moments ou le vide meuble son existence, comment exprimer le vide, une douleur invisible; bien souvent précédés par une envie de se donner la mort. Au fil des pages, qu'elle nourrit de références de ses lectures, le parcours que mène Céline Curiol se dévoile, elle explique qu'elle décide de réduire les doses de médicaments par choix malgré les conseils opposés de son médecin. Bref, au fil des pages, elle se relève et comprend la fragilité de sa situation, c'est très authentique, certaines explications médicales sont très digestes, et vraisemblablement éclairantes pour ceux qui ne sont jamais passés par là.

Enfin pour terminer, un long passage qui à mon avis raisonne plutôt bien avec le monde actuel :

Si les pessimistes se sentent responsables de tout ce qui leur arrive, les optimistes d'absolument rien, on est amenés, en effectuant certes une petit pas de côté, à se poser quelques questions amusantes : l'irresponsabilité est-elle la garantie de l'optimisme? la culpabilité du pessimisme? N'est ce pas là faire l'apologie d'une irresponsabilité méritante? Vivre sans penser au lendemain, aux conséquences de nos choix, vivre sans penser aux autres, comme bon nous chante, comme si nous étions une entité dont le bien-être ne dépendait pas de la qualité de nos rapports avec notre environnement. Le précepte semble de plus en plus prisé par les sociétés européennes, où la notion de bien commun revêt des allures déuètes. Pourtant dans cette région du monde, un quart de la population est victime chaque année de dépression ou de crise d'anxiété. Ces cas seraient-ils des exceptions qui confirment la règle d'un bonheur garanti par un individualisme forcené? Pour certains la prise en charge d'une part des problèmes humains apporterait-elle toutefois des gratifications indispensables? Toute culture promulgue certaine interprétations de la finalité de l'existence humaine au travers des figures emblématiques qu'elle se donne (être beau et riche comme nous le suggèrent les stars, battre des records ou gagner comme nous l'enseignent les sportifs ...) Toujours diffèrent cependant l'appréhension de la réalité telle qu'elle est dictée par le groupe, la société, la perception que nous en avons à titre peronnel Mais à l'une ou à l'autre nous ne pouvons nous soustraire "Nous nous débattons entre la concéption d'une réalité commune et une réalité qui nous est propre" analyse Laszlo Foldényi. Il n'est donc pas exclu que les dilemmes que provoquent, en chacun ces écarts irréductibles influent sur nos humeurs, sur la fiabilité de nos modes de pensées, sur notre capacité à ne pas nous déprimer. Puisque tout anticonformisme possède un prix.

Entre la lutte et la fuite, le désespoir appris constitue la troisième voie dite dépressive : celui qui ne sait ouvoir ni fuir, ni combattre n'a d'autre choix que d'adopter une position de repli.

Rédigé par Nathalie

Publié dans #Dépression

Repost 0
Commenter cet article

keisha 08/01/2015 11:54

Je suis ravie qu'il t'ait plu et nourrie, ce livre, merci!

Nathalia 11/01/2015 21:10

Oui, j'ai suivi en lisant ton post, pas déçue du tout!