Le fils-Philipp Meyer

Publié le 2 Janvier 2015

Le fils-Philipp Meyer

Etre ranger n'étant pas tant une carrière qu'une façon de mourir jeune moyennant des clopinettes. La probabilité de survivre un an était la même que celle que d'y passer. Les plus chanceux finissaient dans un trou sans croix; les autres y laissaient leurs scalps. A la fin de chaque mission, les survivants recevaient un kilomètre carré de terres disponibles quelque part au Texas. C'était un métayage de sang où nous tuions les indiens et récupérions une partie de leurs terres en guise de paiement, mais comme toujours quand on n'apporte que son travail sans avoir de capitaux on se fait avoir. Les terres des zones pacifiées étaient déjà intégralement attribuées et les seuls terrains qu'on pouvait obtenir n'auraient de valeur que dans des décennies.

Une plongée dans les grand espaces de l'ouest américain, à la frontière entre le Texas et le Mexique. Si l'intrigue se construit autour de trois membres d'une même famille Eli Mc Cullough, Peter (le fameux fils) et Jeannie (J.A) l'arrière petite fille, et donc petite fille des deux précédents, j'ai très vite eu l'envie de sauter les passages se rapportant à J.A et Peter (un brin moraliste).

Bien qu'essentiels à l'intrigue, ils sont loin d'égaler la puissance de l'histoire d'Eli/Tiehteti, personnage que j'ai trouvé au final marquant, présent, mais au final très peu travaillé au niveau introspectif en comparaison de ses decendants, plus ennuyeux à ma goût.

Pour moi, cela ne fait pas de doute si Philip Meyer tient le lecteur sur la longueur c'est bien grâce à l'intensité de ce portrait d'Eli, qui lui permet de balayer plus de 100 ans d'histoire américaine (P Meyer ne s'attarde pas non plus sur les détails historiques) et de séries TV accessoirement (désolée mais en lisant ce roman on pense aussi à pas mal à cette Amérique télévisuelle, conquête de l'ouest, la petite maison dans la prairie, Dallas & autres sagas familiales américaines), ça se lit bien et vite, avec pas mal de contenu (moins de clichés que dans les séries TV ouf)

Le jeune Eli McCullough voit sa famille se faire tuer par une tribu de comanches, lui et son frère Martin sont emmenés comme captifs, alors que sa mère et sa sœur sont assassinées. Ce qui m'a le plus captivé : les passages sur la vie au sein de la tribu comanche, la captivité d'Eli prend son sens au fil des pages, j'étais presque déçue lorsqu'il revient à la vie civilisée ... sans vraiment quitter son âme de peau rouge, car toute l'intensité du récit réside dans la manière dont ce jeune garçon finit par aimer ceux qui l'ont capturés, asservis, et sa vie au sein de cette communauté. On reste dans l'effroi lorsque l'on comprend le système de garder des captifs, mais on en comprend aussi l'enjeu pour la survie de la tribu et le risque pour eux

La vie en tribu, les croyances indiennes, les "raids" d'indiens, l'art de la torture et du scalp, le culte des morts, la chasse aux bisons toute les bases d'une vie nomade, décrite à la perfection, l'auteur a travaillé le sujet. Le mythe de la frontière est là aussi bien exploré, ou la terre appartient à celui qui la prend et non à celui qui l'achète, ainsi l'ascension d'Eli prend tout son sens, une foi l'empire construit, ses descendants ne pourront que désintégrer ce qui leur appartient, leur héritage n'est que matériel.

Quel contraste avec la tribu indienne, qui fait tout pour protéger sa vie nomade. J'ai vraiment apprécié ce versant de l'histoire, l'auteur reste sans concession. Un bon pavé pour passer l'hiver.

Si au final, les développements de l'intrigue m'ont semblé parfois s'étirer, le dénouement est au final à la hauteur. Enfin, note personnel, il m'a manqué la petite étincelle des romans de Joseph Boyden, tout en me donnant envie de prolonger sur des lectures sur Les Indiens.

Rédigé par Nathalie

Publié dans #Rentrée littéraire 2014, #Littérature Américaine, #Indiens

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keisha 02/01/2015 14:37

J'ai comme toi apprécié la partie "comanche" et la vie de l'ancêtre. Le fils est plus ranplanplan, même si ça s'améliore; JA est moins passionnante, mais bon, ça permet de vori le Texas moderne.