Dans le grand cercle du monde-Joseph Boyden

Publié le 8 Avril 2014

Dans le grand cercle du monde-Joseph Boyden

Une dernière réflexion à propos d'un fait, que je trouve à la fois fascinant et épouvantable. En matière d'esprit, ces Sauvages croient qu'il existe en nous une force vitale similaire, pourrait-on dire, à ce que nous catholiques, croyons être l'âme. Cette force vitale, ils l'appellent l'orenda. C'est le côté fascinant. Le côté épouvantable, c'est que ces pauvres créatures égarées croient que non seulement, les êtres humains, mais aussi les animaux, les arbres, les étendues d'eau et jusqu'aux pierres possèdent une orenda.

Nouvelle France, un prêtre jésuite, originaire de Bretagne se voit confier la mission d'évangéliser les Hurons (Wendats), dans un milieu naturel des plus hostiles, il débarque au cœur du conflit entre Wendats et Haudenosaunees (Iroquois), ennemis depuis toujours.

Trois fils narratifs vont s'alterner celui du prêtre jésuite le Corbeau, celui d'Oiseau guerrier Huron, et enfin de Chutes de neige, une jeune fille de la tribu iroquoise, qu'Oiseau choisit d'adopter comme fille en remplacement des siens assassinés par ses ennemis. Trois fils narratifs intenses, décrivant la vie dans cette tribu Wendat, portés par l'écriture de Joseph Boyden superbe, je la découvre, je n'ai pas lu ces précédents romans, et je suis admirative.

Les 100 premières pages m'ont transportées dans cette tribu, à travers les yeux du Corbeau, prénommé Christophe, qui découvre ces "sauvages" et leur orenda.

Ce qui m'a le plus marqué : cette vie collective autour d'Oiseau et des siens, pleine de saveur, de sens, et de valeurs communes partagées (valeurs au sens global du terme). La vie s'écoule au fil des cycles lunaires, des maladies, des saisons, du village qu'il faut changer de place, pour le protéger des énnemis, des récoltes à assurer, des chasses pour la viande et les peaux, des maisons longues à reconstruire et déplacer, des objets du quotidien et de cultes à fabriquer, des morts à "déplacer" pour le repos de leur esprit et le commerce avec le peuple du Fer. Une vie rude, pour laquelle les aptitudes physiques et le bon sens sont les clés pour survivre, et faire face aux attaques récurrentes des iroquois, dont le but est de décimer les Wendats.

J'ai apprécié la finesse du traitement :les pensées des trois figures du roman à l'état brut, cette manière de s'observer les uns les autres lorsque l'on ne se connait pas, de s'épier pour tenter de cerner l'autre, sans pouvoir échanger avec les mots, ils ne partagent pas la même culture, la même langue, alors pas le choix, pour vivre avec l'autre, on traque ses expressions, on se cale sur son rythme, ses habitudes, tout simplement, on le regarde vivre pour savoir qui il est et le connaître.

Les oppositions sont multiples, Oiseau et Chutes de Neiges, symbole de la lutte entre les tribus, cette dernière résiste à devenir sa nouvelle fille, elle porte la haine de sa tribu envers les Wendats, depuis la nuit des temps. Oiseau est le guerrier par excellence, secondé par Renard, son ami, les deux hommes font équipe pour protéger les Wendats, leur instinct est fort.

Le Corbeau, devient une source de moqueries de plus en plus méchantes, d'incompréhension en tant que religieux lorsqu'il tente de convertir Chute de neiges. Sa vie sera vite menacée, par certains hurons, qui ne tolèrent pas la présence de l'homme blanc, matérialisé par ces pères Jésuites vêtus de noir, et le perçoive comme un danger. Oiseau l'accueille sous son toit, assurant avec réticence sa "protection" . Cependant son regard porté sur l'homme de foi par Oiseau, sonne juste sans être jamais irrespectueux.

Chacun d'entre eux va composer avec les deux autres, affrontement, lutte et situations conflictuelles vont s'enchaîner, souvent violentes, ils ne s'apprécient pas, se rejettent et ne peuvent se le dire, alors les actes sont francs, directes, et forts. Sans oublier que le mot survie va rythmer leur quotidien, et leur permettre de tisser des liens par la force des choses

Réflexion, que je me suis souvent faite, de cette part de vérité, qui émane de cette fiction, et que Joseph Boyden pose dans le titre d'un chapitre Les choses peuvent-elles être aussi simples ? En tout cas, dans ce roman tout est limpide, les personnages vous habitent, vous surprennent et vous hantent en pensées.

Pour conclure, j'ose à peine vous parler des 100 dernières pages, un défi pour l'imagination, s'exiler, se couper du monde, privilégier les zones sans réseau de téléphonie, précaution indispensable, car jusqu'au bout des palpitations. Plusieurs passages marquant les esprits, à la fois par leur cruauté et leur lumière, sacré talent de l'écrivain de les faire cohabiter.

Un roman magnifique que je ne suis pas prête d'oublier, avec ce sentiment de débuter une fiction historique sur les Indiens en Nouvelle France au 17ème, pour terminer sur une fin criante de vérité. Une lecture crescendo et intense.

Pour citer les dernières phrases de Boyden "on ne peut pas perdre l'Orenda, seulement l'égarer.Le passé et le futur sont le présent" citation finale du roman à vous de plonger, de vous perdre et de refaire surface.

Rédigé par Nathalie

Publié dans #Littérature Américaine, #Terre Indienne

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Commenter cet article

Theoma 10/05/2014 15:17

Deux de ses romans dorment toujours dans mal PAL ! Il faut que je me bouge !!

keisha 25/04/2014 07:09

Comme je n'ai pas accroché au chemin des âmes, j'hésite vraiment très fort!

Malika 14/04/2014 15:38

J'avais tellement aimé "Le chemin des âmes" !! Celui-ci a l'air très bien aussi ...

Nathalie 15/04/2014 21:09

Je découvre Joseph Boyden, je le connaissais de nom, je crois bien que c'était sur ton blog et mon libraire apprécie beaucoup cet auteur, alors autant te dire que j'ai adoré ce livre, j'ai vraiment eu le sentiment de vivre avec cette tribu d'Indiens, expérience phénoménale, quelques passages un peu crus et "barbares", je les ai bien vécu car le but de l'auteur n'est pas de faire dans le sensationnel, certains n'aimeront pas ce roman c'est sur, d'autres vont adorer. De plus j'ai essayé de préserver a minima les passages vraiment savoureux du roman.
Nul doute que j'ai bien noté Le chemin des âmes pour un prochain passage en librairie;
Je suis contente de récupérer ton lien de blog, je ne sais pas pourquoi celui que j'utilisais ne fonctionnait plus, je le mets à jour également dans mon reader, les joies de l'informatique ... A bientôt Malika