Transatlantic-Colum McCann

Publié le 19 Février 2014

Transatlantic-Colum McCann

"George Mitchell s'est converti au thé, ce qu'il n'aurait jamais cru. Ne rien demander à la vie puisqu'elle vous le donne. Ca à commencé là bas, pas moyen d'y échapper. Au petit déjeuner, après le repas de midi, en début de soirée, avant de se coucher, une tasse de thé entre deux tasses de thé. Un art qu'il a appris... Les Irlandais mouillent leur thé. L'alcool ne lui convient pas, le thé l'a aidé à rester éveiller quantité de soirées. Il n'est pas homme à tenter le diable et le paradis.

- Du lait et trois sucres, s'il vous plait."

Dans ce roman, Colum Mc Cann place l'Irlande, son pays d'origine au cœur de l'intrigue. Un pays qui se nourrit, se construit, de la diversité de ses habitants et de leur langue le gaélique, de ses combats la famine, ses luttes politiques avec l'Angleterre. Il nous trace le portrait de ce pays insulaire, à travers des allers/retours transatlantiques entre l'Angleterre et l'Amérique du Nord.

Le récit est construit en deux temps, dans une première partie quelques personnages rattachés à l'Histoire de ce pays, tout d'abord les aviateurs Brown et Alcock, pilotes de la Grande Guerre, nous embarquent dans le premier vol transatlantique de l'Histoire, à bord d'un Vimy , un vol épique sans garantie d'arrivée, la carlingue de l'avion et les boulons tremblent. Un premier vol symbolique qui préfigure la perte du caractère insulaire de l'Irlande, et de son ouverture.

Puis, c'est Fréderick Douglass, qui débarque par bateau d'Amérique, ancien esclave, défendeur de l'abolition, venu chercher des soutiens financiers en Irlande. L'homme s'est fait forgé deux haltères à partir des chaines d'anciens esclaves, pour ne pas oublier son ancienne condition, comme un message "Don't forget".

Il s'étonne de l'accueil qu'il reçoit, les Irlandais remarquent à peine la couleur de sa peau, et il est là pour discourir, raconter l'esclavage. Frédérick Douglass, va croiser O'connell, "le tribun du peuple" le militant de l'abrogation, une poignée de mains entre les deux défenseurs de la liberté, O'connell le baptise "l'autre O'Connell, un O'Connell noir".

Chez son hôte irlandais Mr Webb, il rencontre Lily Dugan. Alors que Frédérick Douglass gagne Cork au sud est de l'île et il est témoin de la misère et de la Grande Famine. Il recroise le chemin de Lily à Cork, qui s'embarque pour l'Amérique, Douglass lui ouvre les portes de l'Amérique.

Enfin, Colum Mc Cann a préféré évoquer le combat pour la paix à travers le sénateur américain,George Mitchell, mandaté pour négocier l'accord de "Good Friday" à Belfast, alors que le conflit entre les deux Irlandes est enlisé depuis 30 ans. Mitchell, homme d'influence, qui met un point d'honneur à résister " il a vécu sans portable pendant 60 ans ce n'est pas aujourd'hui qu'il va s'y mettre".

Dans la seconde partie du livre, le voyage de Lily Dugan, l'amène à s'installer dans le Missouri. Le lecteur plonge dans une saga familiale, avec les descendantes de Lily : Emily, Lottie, Hannah, permettant à Colum Mc Cann de faire coïncider les évènements historiques de la première partie avec ses héroïnes. Un construction plutôt habile, qui donne son originalité au roman.

Je dois avouer m'être laissée emporter par les intrigues successives de ce récit, un peu à l'aveugle au début, mes différents séjours là bas aidant bien sûr, les rues de Cork se sont à nouveau animées dans mon esprit, l'agitation de Dublin de 1840 à travers le regard de Frédéric Douglas, à nos jours avec la combativité d'Hannah en fin de roman face à son carnassier de banquier. J'ai retrouvé l'Irlande à travers des tas de détails, descriptions détaillées de lieux, de personnages l'âme Irlandaise, sa bonté, la simplicité de ses habitants, leur ferveur dans leur combat.

La partie sur George Mitchell est très réussie d'un point de vue fictionnel, cet homme qui évolue au cœur de deux populations opposées, en lutte depuis des décennies, sans prendre partie pour arriver au consensus. Un homme qui va s'investir dans les moindres détails pour éviter que l'échec des négociations, et qui à la vue de ce grafitti, lorsqu'il traverse Belfast "Jamais nous ne t'oublierons Jimmy Sands" demande à le faire effacer.

Transatlantic est une véritable invitation à sonder l'âme Irlandaise, bienvenue dans l'île d'émeraude ...

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