Publié le 14 Juillet 2016

Show Devant-Lily Brett

Elle aimait les mots, former les phrases. Elle ne se sentait jamais aussi heureuse que quand elle écrivait, aussi ennuyeux le sujet traité ait-il été, mais l'écriture laissé encore plein de place pour les doutes, les inquiétudes, les anxiétés.

J'avais grandement apprécié Lola Bensky, aussi inévitable de lire Show Devant- L'écriture de Lily Brett est des plus irrésistible- Et depuis quelques temps, je suis également son compte Goodreads, ce qui ne gâche rien-

C'est facile de retrouver dans Show Devant, une part de Lily Brett-

Ruth, est à la tête d'une entreprise de correspondance, son époux peintre professionnel travaille six mois en Australie, ses enfants ont quitté le nid, et elle partage son temps entre son entreprise- Son amie avocate, lui reproche son régime alimentaire, plutôt minimaliste de végétarienne-
Ainsi quand Edek, son papa, juif rescapé des camps, s'installe a New York, c'est comme un chien dans un jeu de quille qui débarque dans la vie monotone de Ruth- Car Ruth ne peut rien refuser à ce père, meme si cela lui coute personnellement-

D'abord gestionnaire du stock dans l'entreprise de Ruth, rien ne semble arrêter cet homme de 80 ans qui fait de son envie de vivre un moteur à toute épreuve- Accompagné de deux veuves polonaises, bien plus jeunes que lui (à peine 60 ans) Sofia et Valentina, le projet de monter un restaurant de bolles polonaises, déclinées à toutes les sauces en plein centre de Manhattan va devenir son cheval de bataille.

Si Ruth est très sceptique , elle laisse Edek et ses deux amies poursuivre ce projet insolite qui va se révéler comme un moyen de découvrir encore mieux ce père, laissant ainsi échapper qu'il faut parfois bien une vie complète pour découvrir ceux qui nous sont le plus proche.

Ruth, est une cousine de Lola Bensky, son rapport à la nourriture, sa facon d'idéaliser le père, la difficulté de grandir avec des parents rescapés des camps,.
Lily Brett écrit avec beaucoup d'humour, de fraicheur, de fantaisie, un ton léger.
Tout comme Ruth la part d'extravagance d'Edek intimide, fait sourire, indispose, pourtant derrière ce personnage il existe une force de vivre qui au fil des pages attendri et sublime ce trio, qui n'a pas peur d'entreprendre alors qu'ils ont déjà vécu.

Là aussi elle décrit à merveille des personnages épris de liberté dans ce New York d' aujourd'hui. Lecture pétillante à souhait.

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Rédigé par Nathalie

Publié dans #Littérature Américaine, #LilyBrett

Publié le 14 Décembre 2015

Carthage- Joyce Carol Oates

Elle s'était dit qu'elle ferait tous les jours quelque chose de bien. Délibérément en toute conscience ... sans en parler à personne, elle incarnerait le Bien.

Ce n'est peut être pas le meilleur roman de JC Oates, pourtant c'est très facile d'en dire que c'est un roman excellent, l'auteure nous entraine sur un fil de lecture absolument unique, incertain, tortueux, et sans ce roman nous ne pourrions y aller.

La famille Mayfield en somme une famille ordinaire, comme la mienne, comme la votre- Arlette et Zeno Mayfield, une famille unie, le père était maire de Carthage, une homme influent, Arlette est très impliquée auprès d'œuvres de charité, leurs filles Juliet, belle et brillante, la cadette Cressida, intelligente-

Juliet est fiancée à Brett Kincaid, un jeune de famille modeste, élevé par sa mère Ethel- Ils vivent à Carthage, au Nord de l'Etat de New York, cependant voilà les attentats du 11 Septembre ont convaincu Brett, de s'engager dans cette guerre contre l'ennemi-

Il part là bas en Irak- Il revient meurtri, blessé, meurtri dans sa chaire et dans son âme, des actes que la guerre lui auront obligé de commettre, blessures intimes, qui le conduiront au pire "Un voyage au bout de l'enfer".

Puis il y a la jeune, sœur de Juliet, Cressida, la mal aimée de la famille, elle va tracer sa route, artiste dans l'âme, elle aime dessiner et son inspiration est le dessinateur MC Escher, parce que Cressida aime le fiancé de sa sœur, elle le voit rentrer de cette guerre comme diminuer. Cressida disparait de manière inquiétante,

Brett va avouer le meurtre de la jeune femme et de ces deux victimes, l'une involontaire (Brett), l'autre volontaire (Cressida) Oates va nous captiver, nous entrainer dans une spirale infernale-

Plaidoyer contre la peine de mort, la guerre en Irak, les relations familiales intenses et passionnantes, Oates nous entraine dans une visite glaçante du milieu carcéral, dans un quartier de haute sécurité jusque dans le couloir de la mort, un lieu ou le prisonnier condamné apprend avec beaucoup de sagesse à accepter son sort (vraiment on ne peut rester stoïque lorsque l'on pénètre dans la salle d'exécution) -

Seule Joyce Carol Oates peut décrire ce type d'endroit, comment y aller sans le pouvoir de l'imagination ? Si le roman pêche un tantinet de part sa construction, le personnage de l'enquêteur est resté trop distant pour moi, la visite de la prison d'Orion est trop scindée du récit, tout en étant un indispensable j'ai grandement apprécié la prise de position de l'auteure sure que des innocents se retrouvent dans le couloir de la mort et sont exécutés à tort-

Le talent de Oates est loin d'incriminer un système judiciaire dysfonctionnel, il est d'ailleurs peu évoqué, mais bien de montrer comment les individus soumis à la violence de leur existence se mettent à agir d'une façon qui échappe à toute logique, mis à part la leur, en cela Oates est émouvante, tant elle fait voler en éclats ce qui constituent les valeurs sures : la famille, les institutions, elle montre à quel point le "modele" social peut anéantir à petit feu ceux dont la personnalité échappe aux normes- Comme toujours, elle nous prend aux tripes sans pour autant nous faire fuir, et là encore je trouve ce roman d'une grande rareté.

Mention spécial pour le portrait de Brett Kincaid, il me semble qu'il reste difficile de faire le portrait de ce soldat, d'en apprécier la valeur sans faire l'éloge du patriotisme, Oates est loin d'en faire un héros de guerre et d'exulter ce sentiment patriotique, elle décrit admirablement bien les symptômes post traumatiques du soldat- Bref Oates ne m'a pas déçue sur ce roman, et encore une fois elle m'interroge sur ses techniques d'écritures, sa capacité d'introspection, sa curiosité, je me suis posée la question de savoir si elle n'avait visité une prison (le fameux enquêteur) ou dialoguer avec le personnel de ce type d'établissement, elle ne va jamais trop loin, on sent la limite ça reste une fiction-

Ce roman reste une émotion forte comme je les aime. On ne reste jamais quitte d'une faute qui concerne autrui .

Merci à Joyce Carol Oates pour l'écriture de ce roman.

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Publié le 1 Décembre 2015

Funny Girl-Nick Hornby

On a écrit ce qu’on avait envie d’écrire, et on s’est retrouvés avec dix-huit millions de spectateurs. N’est-ce pas tout l’objet des comédies télévisées ? De fédérer les gens ?Et c'est ce que j'adore dans ce travail. Tu rigoles de la même blague que ton patron, ta mère, ton voisin, le critique de la télévision du Times, et la reine pour ce que j'en sais.

Le ton est donné, so british, une comédie romantique pas si légère que cela.

À peine élue Miss Blackpool, Barbara part à Londres. Elle a une autre idée en tête, elle veut jouer la comédie et faire rire. Lorsqu'elle rencontre Bill et Tony, deux scénaristes de la BBC, elle va leur inspirer le personnage de Barbara dans une série TV Barbara(et Jim), stylée, fraîche, divertissante, elle prend le nom de Sophie Straw et va insuffler une pêche à cette comédie divertissante, qui évoque le quotidien d'un couple d'amoureux Barbara et Jim.

Ainsi, le lecteur entre dans le monde de la série TV et la Comedy Playhouse- Nick Hornby s'amuse à déployer deux comédies en une, à savoir qu'on suit en parallèle l'équipe des comédiens, producteur, scénaristes dans le processus d'écriture de la série jusqu'au tournage en public et l'histoire des personnages Barbara et Jim dans la série, l'interconnexion est efficace, pétillante et on sent qu'Hornby aime mêler la fiction à la réalité. Les clins d'œil de l'auteur à la musique, et cinéma de l'époque sont nombreux- On croise les Beatles, Jagger et les Stones, toute la quintessence de l'univers pop des sixties- au fil des pages on se laisse gagner dans ce double récit par l'ambiance à la fois légère et tendre-

Deux jours plus tard, il avait son thème musical. Ron Gainer avait demandé à un certain Shel Talm, producteur chez Decca Records, de lui recommander un guitariste et Talmy lui avait conseillé de faire appel à un jeune homme du nom de Jimmy Page. Sous la supervision de Gainer, Page revisité "So What" de Miles Davis, à la manière d'une formation de blues et le résultat jugea Dennis était sensas

Si on s'amuse de l'ascension de Sophie Straw, que l'on suit dans sa relation avec Clive Richardson, son partenaire qui joue Jim, le couple sur écran devient un vrai couple dans la vie - cela rappelle à certains moments la série Friends, dans les scènes comiques

Le duo scénariste Bill et Tony, est épatant également, et si le sujet tient à évoquer l'impact des séries TV, uniquement un divertissement ? le producteur Dennis, épris de la belle Sophie va défendre bec et ongle le divertissement face aux trop sérieux producteurs de la Third -la 3ème chaine très sérieuse de la BBC présentant un programme culturel accessible à cette classe qui sort d"Oxbridge"

Nick Hornby rappelle à quel point les séries peuvent dépeindre la société, ses bons côtés et ses travers- Au final, le roman gagne en ampleur, avec ce ton de la comédie so british, Hornby ne déçoit pas et j'aime autant le retrouver dans ses romans que dans les films, dont il élabore le scénario, je pense à Une Education notamment, il sait faire naître de belles émotions, et réunir gaieté et mélancolie, démontrant que culture et divertissement peuvent cohabiter et même très bien.

Contente de revenir sur le blog avec ce roman d'Hornby-

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Publié le 22 Juin 2015

L'homme au complet gris-Sloan Wilson

~~Il faut se dominer que Diable! Je ne suis pas le genre d'homme à faire une dépression nerveuse. Je ne peux pas me le permettre. J'ai trop de responsabilités.

Année 50, banlieue New Yorkaise, issue d'une famille aisée, qui a perdu sa fortune, Tom Rath a une vie bien rangée avec Betsy et leurs enfants. Betsy est la mère de famille parfaite.

Tom est cependant à cette étape de sa vie ou il veut progresser socialement; Employé dans une fondation, Tom a l'opportunité de devenir l'assistant personnel d'un influent homme d'affaire Ralph Hopkins, soucieux de développer un projet autour de la santé mentale -

Se pose la question alors pour Tom d'une autre carrière et d'une promotion sociale, l'opportunité de devenir quelqu'un de reconnu avec une carrière influente, dans une époque ou les carrières de self made man, comme celle de Ralph Hopkins sont des modèles d'influence et de réussite (son portrait et son parcours sont largement évoqués et reste un personnage plutôt bien construit)

Dans ce roman de Sloan Wilson dessine l'Amérique des années 50, celle des hommes rescapés de la grande guerre -Tom a connu le front italien et celui du Pacifique - qui font de New York la cité des affaires, décennies après décennies, la société s'est individualisé et les possibilités de faire carrière relèvent d'une ambition forte

Dans ce roman à la plume fluide, on suit Tom dans ses rêves de progression, ses hésitations, sa volonté d'avancer et de réussir. Tom Rath n'a pas que de l'ambition, il est soucieux de sa famille, plutôt altruiste, plutôt positif dans sa manière d'avancer et de tirer partie des opportunités, prêt à prendre des risques également. Si la société tend à s'individualiser, Tom Rath avance, sans se laisser submerger par ses contradictions, et sa volonté de faire face à ses responsabilités. Ce qui le rend extrêmement sympathique.

Un des points d'orgues de ce roman est la manière dont sont décrites les relations de Tom, au travail avec ses hiérarchiques, sa manière d'accéder aux responsabilités et ses doutes existentielles, passages qui donnent une touche très contemporaine.

J'ai lu ce roman, suite à la référence à la série Mad Men, j'ai trouvé peu de similitude avec la série, Tom Rath ne travaille pas dans une agence de publicitaire, même si à plusieurs reprises, il évoque les médias, la radio et le journalisme comme des possibilités de développer ses aspirations personnelles. De plus, le personnage de Tom Rath est un personnage beaucoup plus positif que celui de Don Drapper, personnage plus complexe et tiraillé dans la série. Cependant, le personnage de Betty Rath m'a sans hésitation celui de Betty Drapper. Un roman plaisant à lire, au fil narratif bien tenu.

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Rédigé par Nathalie

Publié dans #Littérature Américaine

Publié le 3 Mai 2015

Les égouts de Los Angeles-Michael Connelly

Après avoir arraché le papier et l'emballage à bulles, il découvrit une reproduction encadrée des Oiseaux de Nuit d'Edward Hooper. Le tableau qu'il avait vu au-dessus de son canapé, le soir ou il était allé chez elle pour la première fois.

Bosch accrocha le tableau dans son couloir, près de la porte d'entrée. Et parfois, en rentrant, il s'arrêtait pour l'étudier, surtout après une journée ou une nuit de travail harassante. L'œuvre ne manquait jamais de le fasciner, ni de lui évoquer le souvenir d'Eleanor. Il y avait l'obscurité, la terrible solitude, l'homme assis seul, le visage tourné vers l'ombre. Cet homme, c'est moi, se disait-il.

Grâce à de 1er week end de pont de Mai, si pluvieux, j'ai pu lire Les égouts de Los Angeles (the black echo), le premier livre écrit par Michael Connelly en 1992. En Mars dernier, j'ai eu la chance d'assister lors du Quai du polar à Lyon, à une rencontre entre John Grisham et Michael Connelly, fort plaisante, drôle à écouter ici.

Durant cette heure, je me suis demandée pourquoi je n'avais jamais ouvert l'un des romans de Connelly, autre que La défense Lincoln. C'est chose faite maintenant.

Hieronymus « Harry » Bosch est inspecteur de police et vétéran du Vietnam. Flic au tempérament bien trempé, il s'est fait écarte de la division des homicides, suite à une affaire The Dollmaker, qui a mal tourné pour lui.

Appelé sur les lieux d’une mort suspecte dans le barrage de Mullholand, suite à l'appel d'un témoin, il découvre dans une canalisation, le cadavre d’un homme qu’il reconnait comme l'un de ses frères d'armes lors de la guerre du Vietnam Meadows, La mort de cet homme semble être l'overdose, d'après les premiers constats de ses collègues, mais ce n'est pas l'avis d'Harry Bosch, qui trouve suspecte la mort de Meadows.

Meadows a de plus un passé chargé : prison, drogues, et a très mal vécu son retour du Vietnam- De plus Harry et Meadows ont vécu le Vietnam comme une guerre souterraines ils étaient tous les deux des "rats de tunnel", c'est-à-dire une division qui détruisait à coups d'explosifs les tunnels Vietnamiens, expérience traumatisante car la mort attendait bien souvent les volontaires pour ce genre de missions, alors quelle ironie du sort pour le pauvre Meadows de terminer sa vie au fond d'un tunnel!

Harry Bosch va débusquer plusieurs indices et attiser la curiosité du FBI, sur cette enquête il va collaborer avec la brillante Eleanor Wish, qui elle aussi avait mis sous surveillance Meadows, à la suite d'un braquage de banque, très réussi.

Ce premier opus d’Harry Bosch nous amène à découvrir ce qui fait le sel des romans de Michael Connelly : Harry Bosch lui-même flic intègre, travaillant en marge, sous estimant l'institution qu'il représente, sa vision pessimiste assez tangible à travers les peintres Jérôme Bosch et Edward Hooper, sa manière plutôt interventionniste d'exercer son métier, font de lui la cible des Affaires Internes, et d'une surveillance accrue durant toute l'intrigue.

Connelly maitrise l'intrigue de A à Z, sa manière déductive d'écrire m'est apparu très rapidement. Vers la page 400, le dénouement se dévoile et je me suis demandée comment il allait encore nous tenir jusque la page 570, pas de doutes l'intrigue rebondit et on accède à un dénouement qu'on ne pouvait attendre.

L'autre personnage omniprésent est la ville de Los Angles, dès le départ me sont revenues les images du film Drive, de Nicolas Refn Winding, tant les descriptions concordent, j'ai trouvé qu'il y avait de bonnes descriptions des lieux et de l'ambiance de la ville, son étendue, l'ambiance.

Globalement, le personnage d'Harry Bosch est vraiment inattendu, son passé de vétéran du Vietnam fait que l'on est fortement connecté à son expérience de survivant, on peut à la fois passer à des descriptions plutôt sombres et brutales, je pense à la vie du jeune Sharkey et de sa mère (renvoyant au tableau de Jérôme Bosch), à des scènes plutôt haletantes, et rythmées je pense bien sur au braquage de la banque-

Hâte de poursuivre!

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Rédigé par Nathalie

Publié dans #Un monde de polars, #Michael Connely, #Los Angeles

Publié le 24 Avril 2015

Un Océan d'amour-Wilfrid Lupano et Gregory Panaccione

Histoire sans paroles, une Bande Dessinée sans bulles, tout passe par le dessin et l'expression des personnages (se rappeler le proverbe La parole est d'argent et le silence est d'Or)-

C'est l'histoire d'un marin, et d'une Bigouden, il forme un couple atypique, presque marginal, ça démarre comme tous les jours, il faut se lever et aller au turbin. Et puis, voila notre marin tarde a revenir, s'égare en mer en compagnie d'une mouette, lui permettant de maintenir le cap.

Sa Bigouden l'attend désespérée ... Cependant son attente est loin d'être passive ...

Une histoire d'amour sensible et drôle, qui nous mène jusqu'à Cuba, une parenthèse pleine de fantaisie. A souligner l'esprit imaginatif de W Lupano, dans la lignée du Singe de Hartlepool.

Lu dans le cadre La BD fait son festival 2015 -merci à Price Minister et les éditions Dargaud Mirages (jamais déçue de vous lire)

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Rédigé par Nathalie

Publié dans #Bande Déssinée, #Partenariat littéraire

Publié le 19 Avril 2015

Tess d'Urberville-Thomas Hardy

Quelle fraîche et virginale enfant de la Nature que cette fille de ferme? se dit-il

Et puis il lui sembla découvrir en elle quelque chose de familier, quelque chose qui qui le reportait à un joyeux évènement et imprévoyant passé, alors que la pensée de l'avenir n'avait pas assombri le ciel. Il en conclut qu'il l'avait déjà vue. Où? il ne pouvait le dire. Certainement ç'avait été une rencontre accidentelle dans une de ses courses à travers la campagne et il n'en ressentit pas grande curiosité. Mais la circonstance suffit à lui faire choisir Tess de préférence aux jolies servantes, quand il voulut étudier la gent féminine qui l'entourait.

Parce que Tess Durbeyfield, née paysanne devient contré son gré la descendante des D'Urberville, ses parents profitent de cette occasion pour l'envoyer se faire connaître auprès des D'Urberville, les parents riches (on apprend au fil des pages qu'ils ne sont pas vraiment les descendants directs mais qu'ils en ont emprunté le nom).

C'est ainsi qu'elle scelle son destin en rencontrant, son cousin Alec, profitant de la jeunesse de Tess, souhaitant faire d'elle sa légitime épouse, il l'abandonne à son sort de paysanne face à son refus de l'épouser. Tess déshonorée, va tenter de trouver l'amour en épousant Angel Clare , fils de pasteur, hélas en avouant à son époux sa faute, ce dernier les contraint tous les deux à l'exil amoureux.

Ainsi Thomas Hardy va sceller un récit de la descente aux enfers de Tess, car déchirée entre ses deux hommes l'un la poursuivant de son amour et l'autre la dénigrant aucun ne permettra à Tess de sortir de sa condition de paysanne.

Si Thomas Hardy a choisit de décrire un roman si noir, car le lecteur assiste impuissant au sacrifice de la jeune Tess, il prend soin de placer le récit dans les magnifiques paysages du Wessex, la description des travaux agricoles suit également la progression sociale de la jeune Tess, de la tenue de la basse cour d'une maison de maître, à la laiterie du fermier Crick en passant la ferme de Groby plus au Nord ou l'on crève la faim à ramasser des navets, la panoplie des taches agricoles se dessine sous la plume d'Hardy, permettant au récit de s'étoffer d'images magnifiques, contrastant avec l'histoire si noire de la délicate Tess

J'ai trouvé ce roman magnifique, Hardy sait habilement juxtaposé un récit empreint de réalisme et de poésie- Enfin, j'ai retrouvé le sens de la narration si limpide de Loin de la foule déchaînée, ce qui me plait d'ailleurs chez Hardy c'est sa manière si fluide et limpide d'écrire, les évènements s'enchainent avec lenteur et logique, on a le sentiment de faire partie de l'histoire et non de la regarder se dérouler devant nous...

Lire Thomas Hardy c'est "luxe, calme et volupté", que j'emprunte à Baudelaire - Invitation au Voyage

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Rédigé par Nathalie

Publié dans #Littérature Anglaise, #Classiques anglophones

Publié le 2 Mars 2015

Mauvais sang ne saurait mentir-Walter Kirn

- Il a l'air incroyablement seul-me souffla-t-elle

- C'est ce qui arrive quand on ne dit jamais la vérité.

Récit, roman, auto fiction ??? Walter Kirn se met en scène dans ce récit hors du commun, il raconte son amitié avec Clark Rockefeller, rien que leur rencontre reste un moment du au hasard d'un accident de circulation (un accident de chien renversé).

Si Walter Kirn semble fasciné par le nom de famille Clark, un peu à la manière de Nick Carraway avec Jay Gatsby. Walter Kirn va découvrir sur son petit écran que Clark est un imposteur confirmé, accusé de meurtre. Durant des années l'homme a joué sur son identité, à mené plusieurs existences et s'est allié comme credo le mensonge pour échapper à la police.

Walter Kirn joue à la fois sur le registre du journalisme, et de l'expérience personnelle, parfois il avoue comment il s'est fait bluffé avec pas mal de naïveté, sans vraiment réagir face aux mensonges de Clark. Il nous entraine avec effroi, dans cette connivence "cela aurait pu vous arriver comme à moi", et jusqu'au point de non retour car Clark franchira les limites pour arriver au meurtre, Walter Kirn s'emploie avec beaucoup de perspicacité à décrire tous les comportements excessifs de Clark, ce qu'il a pu observer chez lui et comment il s'est laissé prendre au piège.

L'idée de ce récit n'est pas uniquement de dévoiler une Xième personnalité de psychopathe, mais bien de démontrer à quel point les "âmes tourmentés ou règnent le désordre psychologique" échappent à tout entendement. Si Walter Kirn développe tous les travers de Clark, loin s'en faut toute compréhension de ce personnage est futile, il conserve sa part de mystère et nous échappe complètement.

L'auteur s'appuie sur la littérature à plusieurs reprises, notamment les romans le talentueux Mr Ripley de Highsmith et celui de Fitzgerald Gatsby le magnifique, sans compter un passage avec Ellroy des plus croustillants, et impossible d'éviter les clins d'œil au cinéma d'Hitchcock. Bref, je l'ai dévoré et j'ai frissonné.

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Rédigé par Nathalie

Publié dans #Un monde de polars

Publié le 24 Janvier 2015

Orphelins de Dieu-Marc Biancarelli

L'infernu n'écoutait la pimbeche que d'une oreille. Il grignotait du pain, des miettes de ce fromage sec qui servait de prétexte pour se servir un peu de vin qu'il avait apporté. Pour dire la vérité, les histoires de la vie et de la mort ne lui faisaient pas grand chose. Un jour tu es là, le lendemain tu n'y es plus. A peine le temps d'un claquement de doigts, en général. Quoi rajouter à cela? Après tout vivre ou mourir ça n'était peut être qu'une histoire de chance et rien de plus.

Citation choisie pour illustrer la couverture de ce roman

C'est l'histoire d'une vengeance, (au départ l'idée est présentée comme cela, à mon avis pas uniquement, il y a une forme de quête de soi pour les deux personnages). Une jeune femme Vénérande réclame justice pour son frère, violenté par un trio de tueurs en puisance .

Elle s'adresse à L'Infernu, un insoumis, Ange Colomba. Si au départ, ce duo semble vraiment sorti de l'imaginaire de l'auteur, L'infernu et Vénérande sont de nature et caractère opposé.

Au fil de l'intrigue l'histoire de l'Infernu permet de se rendre compte, que l'on ne nait pas avec une arme à la main, (rien que le système de la circonscription est une injustice et Ange ne peut y échapper pas), que la violence est une réponse à la violence, qu'une forme de rédemption existe pour celui qui veut se racheter à sa manière. Un plaidoyer contre la guerre, et pour la fratrie qui nait entre frères d'armes, ce que Vénérande va devenir quelque part, les deux ressortent vainqueurs sont être des héros, leur anonymat au final est salvateur.

Si au fil des pages, je n'étais pas toujours réceptive à ce texte ou la violence explose presque à chaque page, (damned de la scène dans le parterre à cochon) sans être gratuite, j'ai poursuivi cette lecture avec un certaine curiosité pour ces deux personnages, Vénérande écoutant l'Infernu, et l'Infernu comme investit de rétablir un équilibre dans la vie de Vénérande. L'auteur nous livre également des passages délicieux à lire, décrivant une nature rebelle, à l'image de ses personnages.

Bref, si on devine bien ou l'on est, l'époque, tout est feutré. Enfin, la référence à Charles Portis et son True Grit (roman et adaptation des frères Coen) reste aussi un fil rouge qui permet de maintenir le cap de lecture, parfois ma lecture était un peu chaotique, comme l'itinéraire des deux personnages, mais au final ça m'a donné sacrément envie de lire d'autre récits de cette trempe. Bref j'ai bien adhéré à ce roman rythmé.

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Rédigé par Nathalie

Publié dans #Littérature Française, #Rentrée littéraire 2014

Publié le 20 Janvier 2015

Lola Bensky-Lily Brett

-Tu broies du noir à propos de quoi ?

- La sensation de vie et de solitude, la peur de ne pas être à la hauteur , a résumé Janis. -Pas à la hauteur pour quoi ?

-Pas à la hauteur du tout.

Une nouvelle vague de tristesse a envahi Lola. Elle connaissait en partie l'état que Janis Joplin venait de décrire, la solitude dont elle parlait. Mais elle n'aurait pas réellement conscience de sa solitude avant une dizaine d'années. Elle savait qu'elle était grosse. Et elle savait qu'elle avait toujours faim.

Lola Bensky est critique de presse musicale pour Rock Out, magazine australien (surement une sorte de Rock & Folk "australien"). En 1967, à Londres et à New York elle a l'occasion de rencontrer les groupes et musiciens juste avant leur succès planétaire, au programme Mick Jagger, Paul McCartney et sa première épouse Linda, Jimi Hendrix, Morrison, Mama Cass, Cher (à qui elle ressemble physiquement), et enfin la plupart des artistes du concert de Monterey de 1969, (le fameux festival durant lequel Jimi met le feu à sa guitare et qui est assez bien raconté, je n'y étais pas trop jeune mais déjà vu des extraits de ce concert et écouté en boucle le live d'Hendrix).

Si les rencontres se succèdent sans artifices, on sent bien le fossé qui séparent les opérations de promotion médias d'aujourd'hui de celles d'hier, Lily raconte avec brio ses entretiens, qui prennent des formes et des échanges inattendus. Car Lola Bensky, qui avoue ne pas avoir plus que cela l'oreille musicale, sait qu'elle a affaire à des passionnés, des musicos, qui ne se révèlent que lorsqu'ils jouent ou chantent sur scène. Aussi joue -t-elle la carte de l'authenticité pour faire parler ses jeunes chanteurs, pas encore mondialement connus mais dont elle pressent l'ascension. C'est très vivant et sensible, loin de frôler le "people" que l'on nous vend aujourd'hui. Car loin de nous livrer un recueil d'interviews bien ficelées, Lola se révèle au fil des pages, née dans un camp en 1945, ses parents sont des rescapés des camps de la mort. Lola Bensky raconte sa famille, comment vivre avec un tel baguage, d'être la fille de deux rescapés. Tout est dans le ton et fort bien incarné. Si le récit est inspiré de la vie de l'auteure, elle reste très discrète, pertinente et un brin Bridget Jones a toujours nous parler de ses kilos (mais attention Lola n'a rien à voir avec Bridget).

Je vous renvoie au c'est fort bon de Cuneipage et à Hymne de Lydie Salvayre

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Rédigé par Nathalie

Publié dans #Littérature Américaine, #Musique